Matériaux trop chers : et si le problème venait d’ici?
- Vincent Bernier

- 29 juil. 2025
- 3 min de lecture
Depuis le début de l’année, plusieurs sources et articles affirment que les tarifs imposés par les États-Unis vont faire grimper les prix des matériaux et forcer les entrepreneurs à acheter plus local. On parle de délais d’approvisionnement, de hausse des coûts, et de pression sur les chantiers.
Mais ce qu’on oublie souvent de dire, c’est que si les matériaux coûtent plus cher ici, ce n’est pas uniquement à cause des tarifs américains. Une partie de l’augmentation vient aussi des tarifs imposés par le Canada lui-même sur des matériaux importés, y compris ceux provenant des États-Unis.
Alors pourquoi pointe-t-on toujours du doigt l’étranger ? Peut-être qu’il est temps de se regarder dans le miroir. Peut-être que la solution commence ici, pas là-bas.

Une lecture politique, pas économique
Depuis le retour de Trump au pouvoir, l’administration américaine a bel et bien imposé des droits de douane supplémentaires sur plusieurs produits, incluant l’aluminium et l’acier canadiens. Mais ces tarifs sont appliqués à l’entrée des États-Unis, ce qui veut dire que ce sont les acheteurs américains qui les paient, pas les entrepreneurs québécois.
À l’inverse, le Canada a répliqué avec ses propres tarifs sur certains produits importés, y compris des matériaux de construction provenant des États-Unis. Et dans ce cas, ce sont les entreprises canadiennes qui paient la note. Ce sont nos fournisseurs, nos distributeurs, et au final nos chantiers qui absorbent ces coûts supplémentaires.
C’est un point rarement mentionné, alors que les États-Unis demeurent notre plus grand partenaire commercial dans l’approvisionnement en matériaux de construction. Autrement dit, les contre-mesures canadiennes ont un impact réel, ici, sur nos prix.
Est-ce que les matériaux coûtent plus cher ?
Oui. Et ce n’est pas nouveau. Certains matériaux spécialisés – acier d’armature, aluminium préfabriqué, systèmes mécaniques – sont plus chers depuis le début de l’année.
Et cette hausse s’explique par plusieurs facteurs combinés :
les chaînes d’approvisionnement encore fragiles ;
la montée des coûts de transport ;
le manque d’alternatives locales pour plusieurs matériaux ;
et, de plus en plus, les surtaxes imposées par le Canada sur des produits importés des États-Unis, de la Chine et d’autres pays.
Ce sont ces tarifs-là — les nôtres — qui se répercutent sur les factures ici. Pas ceux imposés par Trump chez lui.
Mais attention : même si les tarifs américains ne nous sont pas facturés directement, ils peuvent déséquilibrer l’offre et la demande à l’échelle nord-américaine, ou provoquer des effets de réaction en chaîne.
Par exemple :
Si des producteurs américains redirigent leurs matériaux vers d’autres marchés que le Canada (à cause des représailles tarifaires), l’offre disponible ici pourrait baisser.
Si les tarifs créent de l’instabilité commerciale, les coûts de transport, d’entreposage ou d’assurance peuvent grimper.
Si les États-Unis achètent massivement certains matériaux pour contourner leurs propres tarifs, cela peut faire monter les prix mondiaux, y compris ici.
Bref, même si le blâme ne revient pas entièrement aux Américains, il est vrai que leurs politiques peuvent contribuer à des effets secondaires économiques qui s’ajoutent aux problèmes déjà bien réels ici.

Est-ce que ça va ralentir les chantiers ?
Pour l’instant, il n’y a pas de vague de retards généralisés. Mais dans certains projets — industriel, commercial, génie civil — les entrepreneurs doivent déjà ajuster leurs fournisseurs, revoir leurs choix de matériaux, ou faire face à des hausses de coûts non prévues dans les contrats initiaux.
Et comme les marges sont souvent serrées, ce type de pression peut avoir un effet direct sur l’échéancier, la planification ou la rentabilité.
Ce qu’il faut retenir
Ce n’est pas parce que Trump impose des tarifs que le prix du contreplaqué monte au Québec. Ce n’est pas parce que les États-Unis veulent protéger leur acier que nos devis explosent. Et ce n’est pas en achetant plus local qu’on va échapper à toutes les hausses.
Ce qu’on vit en ce moment, c’est le résultat :
d’un marché mondial instable,
de politiques tarifaires appliquées des deux côtés de la frontière,
et d’une structure de coûts fragilisée par la dépendance aux importations.
Avant de reprendre le discours tout fait sur "la faute des Américains", il faut surtout se demander : qu’est-ce qu’on paie ici, en silence, à cause de nos propres décisions tarifaires?
Et combien de hausses invisibles sont déjà intégrées dans nos chantiers, sans jamais avoir été expliquées clairement?





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