Entente de principe dans le résidentiel : la grève est suspendue, mais la ratification reste à venir
- Vincent Bernier

- 18 juin 2025
- 3 min de lecture
Après trois semaines de débrayage, une étape majeure vient d’être franchie dans le conflit qui secoue le secteur résidentiel de la construction. Mercredi soir, les deux parties en négociation — l’Alliance syndicale de la construction et l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) — ont conclu une entente de principe. Cette entente met fin temporairement à la grève déclenchée le 28 mai, en attendant le processus de ratification.

Une entente attendue, mais conditionnelle
L’entente de principe marque un tournant important dans la négociation de la convention collective 2025-2029. Toutefois, elle ne signifie pas encore un retour définitif à la normale. Les deux parties doivent maintenant entamer leur propre processus de ratification : l’APCHQ consultera ses employeurs, tandis que chacun des cinq syndicats membres de l’Alliance organisera des votes auprès de ses membres.
Durant cette période, tous les moyens de pression sont suspendus. Les chantiers résidentiels pourront donc redémarrer progressivement, à moins d’avis contraire ou de rejet de l’entente par l’une des parties.
Ce que contient l’entente de principe
Selon les deux communiqués de fin de journée mercredi, l’entente reprend plusieurs éléments déjà connus, mais fixe désormais des paramètres clairs, notamment pour la suite des années à venir.
Volet salarial :
Augmentation salariale de 8 % à la signature (2025)
Arbitrage salarial pour 2026-2027-2028, avec des hausses comprises entre 18 % et 24,35 % sur l’ensemble des quatre années
Volet normatif :
Assouplissement des règles sur les mouvements de main-d’œuvre, notamment pour les salarié.e.s ayant moins de 1 500 heures (droit de rappel réduit)
Bonification des frais de déplacement, chambre et pension
Ajustement de 5 ¢ pour l’indemnité liée aux équipements de sécurité dans le résidentiel léger (pour égaliser avec le résidentiel lourd)
Volet stratégique :
Mise sur pied d’un comité paritaire sur la rétention et l’attractivité du secteur résidentiel, incluant des discussions sur le rattrapage salarial et la période d’essai
L’arbitrage salarial dans le contexte de l’entente
L’arbitrage salarial, c’est un mécanisme utilisé quand les deux parties ne s’entendent pas sur les hausses de salaire à venir. Plutôt que de continuer à négocier sans fin, elles s’engagent à soumettre la question à une personne neutre — un arbitre — qui analysera les demandes des deux côtés et prendra une décision finale.
Dans cette entente, l’arbitrage s’appliquera aux années 2026, 2027 et 2028. Les hausses devront respecter des paramètres déjà fixés : un minimum de 18 % et un maximum de 24,35 % au total sur les quatre ans. Ça évite de replonger dans un autre conflit l’an prochain, tout en garantissant une certaine progression des salaires.

L’enjeu de l’arbitrage : compromis ou risque différé ?
L’un des principaux points de blocage des dernières semaines concernait l’encadrement d’un arbitrage salarial pour les années suivant 2025. Ce point est désormais intégré à l’entente, sous forme d’un conseil d’arbitrage qui opérera selon des balises préétablies.
Ce compromis permet d’éviter une impasse immédiate, mais laisse certains enjeux à résoudre plus tard. Les modalités de l’arbitrage, ses critères et ses effets concrets seront discutés dans les mois à venir.
Une mobilisation qui a porté fruit
Du côté syndical, le ton est à la satisfaction prudente. L’Alliance syndicale souligne que c’est la mobilisation de ses membres, le sérieux de son comité de négociation et la solidarité affichée sur les lignes de piquetage qui ont permis d’en arriver à une entente.Entente de principe dans le résidentiel
Côté patronal, l’APCHQ se félicite d’un accord qui tiendra compte à la fois des besoins du secteur et de la réalité économique des ménages québécois. L’organisation affirme que cette entente permet de retrouver un climat de prévisibilité dans un contexte de pénurie de logements.

Et maintenant ?Entente de principe dans le résidentiel
Les deux parties entament une tournée de ratification. Les employeurs recevront un préavis de 15 jours avant la consultation officielle, alors que les syndicats communiqueront directement avec leurs membres pour organiser les votes.
Tant que le processus n’est pas complété, la situation reste fragile. Si une majorité venait à rejeter l’entente, le conflit pourrait reprendre. D’ici là, les chantiers résidentiels devraient pouvoir redémarrer et rattraper les retards accumulés.



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